CHAUFFEURS DE SALLE: LES CLONES

Rire, applaudir, pleurer, huer, chanter, tout devient possible sur les plateaux de télévision grâce au chauffeur de salle.

Le chauffeur de salle c’est celui qui chauffe, qui enthousiasme un public, une manifestation, une bande d’émeutiers…., il se charge de l’ambiance.

Avant d’assister à ma première émission télé, j’imaginais que les téléspectateurs réagissaient de façon spontanée.

Je me trompais. Il ya deux semaines, mon amie de toujours, celle qui aurait pu être ma jumelle si nous avions été de la même famille m’appelle, toute excitée.

 » un scoop,  un scoop, (elle a souvent des scoop mon amie), j’ai des invitations pour assister à une émission télé »

« Ah oui, comment tu les as eues. comme si cela pouvait changer quelque chose de savoir comment elle les a eues.

 » ça te dirait de venir avec moi? »

Pas trop emballée mais curieuse de vivre une expérience nouvelle, j’acquiesse.

Rendez vous est pris pour se retrouver à la plaine Saint denis.

« Ne sois pas en retard et trouve une tenue présentable »

Je me rends à la plaine Saint denis sans grande conviction. Il ya déjà une file de presqu’un kimomètre, je la rejoins dans la file et nous faisons le pied de grue.

Une heure, peut être même plus. J’ai très faim mais je patiente. Ils nous réservent sans doutes des petits fours dans la salle….

Erreur, Quelques cakes ont été offerts avec du coca et d’autres boissons sucrées..; avant que tout le monde ne soit à l’intérieur, il ne restait plus rien. A l’intérieur, nous avons encore patienté encore une heure. Oui, pour assister à ces émissions il faut avoir la  jambe robuste.

Croyez vous que quelqu’un, dans ces équipes de télévision, pas le chauffeur évidemment, lui son rôle c’est de chauffer, pas de soulever la nécessité d’installer des chaises dans ces halls où on attend trop longtemps que l’émission daigne commencer.

C’est enfin le moment! on nous fait entrer. Des fauteuils, il n’y en a point. Nous nous installons sur les gradins, c’est dur, c’est froid, pas du tout confortable mais nous sommes un public volontaire, des cobayes, des futurs clone chauffeurs.  Il faut assumer jusqu’au bout.

Tout le monde est installé. Et là IL entre en scène.

« Qui? le chaufeur de salle! »

Il avait l’air sympathique, un physique de mannequin pour parfum couture… Bon, on a mal aux fesses mais on tiendra le coup.

Le chauffeur de salle commence par nous coacher. Il nous explique le déroulement de l’émission,  ce qu’on attend de nous, il plaisante de temps à autre, déplace certains, décale d’autres. Nous étions au premier rang. Bon signe ou mauvais emplacement, je ne le saurai jamais. on nous distribue des mini bouteille d’eau.

J’ai compris l’utilité à la fin. Rire à gorge déployée, hurler, huer, ça  vous assèche les cordes vocales, et puis, un gorgée d’eau de temps à autre, ça appaise les plus tenaces des migraines. 

C’est là que je découvre les coulisses des émissions. Et moi qui croyais que les rires étaient spontanées, que l’on huait naturellement,  mais non, non et non;

Le chauffeur de salle est là pour ça, et nous ses clones, nous sommes là aussi pour la même raison. La seule différence entre lui et nous,  c’est la motivation. Nous faisons la réussite de l’émission, nous aidons à la réussite de l’émission qui nous sera servir après. 

Mais je ne comprends toujours pas pourquoi, rire devrait être programmé à la seconde près, sur commande. Comme un chef d’orchestre, je l’observe en train de ramer (pour dire rire maintenant), de lever les mains comme pour implorer dieu, (pour nour ordonner de nous mettre debout), accueillir l’animateur qui entre sur le plateau. Je ne me souviens même plus de tous les signaux, mais je suis restée trois heures durant, je me suis pliée au jeu jusqu’au bout. A la sortie, j’avait mal aux machoires et une migraine terrible. Ne me demandez pas ce qu’en j’en pense. J’étais léssivée, héberluée et je me demandais encore ce que j’étais venue faire là et comment j’avais pu tenir jusqu’à la fin.

Je suis revenue chez moi à 22 heures pour me jeter sur mon assiette de pates que mon époux avait eu la « correction » de me garder au chaud. Je dis correction car lui n’attendait pas de moi que je l’acclame, que je ris aux éclat, que le me lève et que je m’assoie, lui n’exigeait rien de moi mais savait que je reviendrais chez nous affamée…

Ce n’est pas un chauffeur de salle mais il est à l’écoute des autres, de moi qui n’essaie pas d’être son clone.

A suivre….