Le match des cultures

Le séjour d’un tronc d’arbre dans l’eau ne le transforme pas en crocodile

A long stay of a piece of wood into the river will never change it into a crocodile.

Sagesse africaine qui vient illustrer mon post de ce matin à propos de chocs de culture. Croquons un peu les petites particularités que l’on peut rencontrer chez deux peuples diamétralement opposés dans leur culture respective. J’en suis l’exemple parfait. Française aujourd’hui, africaine d’hier et toujours africaine, avec des enfants issus d’un couple mixte.

Commençons par les rencontres. Difficiles à mes débuts parce que je n’arrêtais pas de m’interroger sur l’adéquation de mon comportement dans certaines situations.

Tenez par exemple, je me faisais inviter à sortir et je ne savais jamais comment considérer la chose. Chez nous, lorsque vous êtes invités, vous arrivez les mains dans les poches: tout est à la charge de celui qui vous reçoit ou qui vous a invité à sortir. Vous pouvez même venir avec une ou deux personnes en plus. Ici l’invitation est nominative, parfois même on vous précise que les enfants ne sont pas de la partie.

Je vous avoue que au départ j’ai dû me faire coacher. Mes amis me conseillaient, selon les circonstances, ce qu’il fallait faire ou ne pas faire. On vous invite à un appéritif ici parfois  vers 19 heures, logiquement chez nous, quand vous invitez à cette heure là c’est pour diner et même si ce n’était pas le cas, au délà de 19 heures trente, vous appelez votre époux dans la chambre ou à la cuisine pour un petit « sommet » de couple, afin de lui dire que vous mettez un repas en route. A lui de prévenir les invités et d’insister pour les faire diner avec vous. Au lieu de ça ici, vous causez, vous causez, vous causez, vos estomac gargouille, on vous » empoisonne » avec des verres d’alcool et on se serre la main ou on s’humecte les joues avant de se quitter.

Lorsque j’ai rencontré mon mari. je lui ai brossé un peu comment ça se passait chez nous. Nous nous sommes fréquentés quelque temps puis il a fallu qu’il vienne se présenter et demander ma main à ma famille. Ma famille étant loin, nous avons organisé  la  rencontre chez ma meilleure amie. Son oncle, qui était là, a représenté ma famille.  Nous sommes arrivés avec une bouteille de  Johnny  Walker et 10 fr symboliques.  Détrompez vous, je suis contre la dote mais j’avais envie de l’initier à mes coutumes.  Une  façon de démontrer qu’il m’acceptait comme j’étais avec mon bagage culturel. J’ai  l’ai présenté avant de lui laisser la parole. Tout ce qu’il avait à dire, c’était son nom et d’où il venait.

Très simple ici. Là bas, mon père ou l’un de ses frères aurait établi la carte d’identité. Les archives, c’est dans la tête, pas sur l’ordinateur ou dans des régistres (il y en a l’état civil). Mais comme on dit un vieil homme est une bibliothèque vivante, il est aussi le gardien de l’arbre généalogique.

Bon avec mon mari, il n’y aurait eu aucun tracas étant donné ses origines. Mais parfois chez nous, le risque lorsqu’un homme vient demander votre main, c’est d’entendre votre père, après s’être enquis du nom de ses parents et grands parents, de juger que le mariage était impossible. Il savait retracer l’arbre généalogique du futur mari et à moins d’aller chercher sa moitié loin, très loin, vous vous découvrez un lien lointain.

Mon amie habitait au 9ème étage d’un immeuble à la Défense. Au moment d’invoquer les ancêtres, l’oncle a fait les prières, avant de jeter quelques   gouttes par la fenêtre. Mon futur mari en est resté sans voix. Nous l’avons rassuré que à cette hauteur là, les passants ne couraient aucun risque de se faire rafraîchir avec quelques gouttes de Johnny Walker.

Ici en france, on aurait invité la famille proche, on aurait réservé dans un restaurant ou organisé la rencontre des deux familles chez l’un des parents pour les fiançailles. Quand c’est pour 10 personnes, aucun intrus n’est admis. C’est ainsi.

Parlons du mariage. Là encore, l’écart est énorme.

On sait qui achète la robe de la marié, qui offre les fleurs, tout est organisé à la minute et au centime près. Quand les 100 invitations sont parties, il ne faut surtout pas s’aviser de venir avec un de plus. C’est mal vu. De l’autre côté, un mariage c’est comme l’éducation d’un enfant ou un deuil, tout est commun.

Vous n’avez pas besoin de lancer les invitations. Discutez même dans l’intimité de votre chambre; radio treichville fera le reste. Si vous pensez à réunir quelques membres de la famille et quelques amis proches, le jour J, vous vous retrouvez avec 150 au lieu de 100. La cousine vient avec sa meilleure amie et sa voisine. Le frère vient avec sa nouvelle petite amie dont vous ignoriez l’existence; il considère que si vous l’avez invité, cela sous entend lui et sa dulcinée. Vos parents viennent avec leurs voisins, leurs amis, et parfois même un convoi (en autocar) de tout le village.

Je m’arrête ici pour aujourd’hui.