Comment gère-t-on la crise au Sud

La crise dans les pays du Sud n’a rien d’exceptionnelle. Alors que aujourdh’ui au Nord, nous tremblons tous pour nos économies, maigres ou grosses, au Sud, ils ont fini de trembler depuis longtemps. Ils gèrent.

Gérer, c’est le mot très tendance là bas. Tout se gère, des relations sentimentales aux conflits de personne. C’est d’ailleurs pour ça que lorsque la crise a commencé à ralentir l’économie du pays, les solutions ont été très vite trouvées. Le système D est roi chez les gens du Sud.

Prenons l’exemple de la famille Gnanhi; dans le temps, les affaires de Monsieur Gnanhi prospéraient. Toutes les  femmes du quartier enviaient Madame. Elle faisait la tendance; Tous les pagnes à noms étaient vus sur elle avant les autres. Aujourd’hui, Madame Gnanhi s’habille Real wax « made in » où déjà? Pas très nette. On ignore vraiment la vraie marque de ce tissu qui n’est ni hollandais ni anglais, ni même côte d’ivoire.

Quelle importance! du moment qu’elle n’est pas nue.

Avant la crise, Madame Gnanhi avait deux servantes, quand elle décidait d’aller au marché elle même, juste pour voir et se montrer, le chauffeur était au petit soin pour elle. A défaut de chauffeur, elle envoyait quelqu’un chercher un taxi. Mais aujourd’hui, elle se déplace et attend le taxi ou disons le Woro woro  sur le bord de la route. Envoyer quelqu’un sous entend donner un pourboire. Madame Gnanhi préfère garder le pourboire dans son porte monnaie. Un CFA est un CFA, (le CFA c’est la monnaie locale)

Le nouveau régime dans la famille Gnanhi comme dans la majorité des familles, ne vient pas d’un quelconque gourou pour célébrités ou familles nanties. Ce régime plébicité par Madame Gnanhi, c’est le régime SOUNKALO, qui signifie « Mois de Carème » (Ramadan).

Il n’est pas nouveau, dans les années 75 il s’appliquait déjà dans certains quartiers populaires de la capitale. Toutes les femmes de Koumassi, vendeuses de poisson pour la plupart, s’occupaient du repas lorsqu’elle rentraient du marché à 14 heures; Petit tour à la douche pour se débarrasser de l’odeur de poisson avant de servir le repas. Il était presque 16 heures lorsque la maisonnée pouvait enfin manger.  Voilà pourquoi ça s’appellait régime Sounkalo ou régime carème. Il fallait faire le stock en milieu de journée et tenir jusqu’au lendemain à la même heure.

Madame Gnanhi ne l’a pas invité mais faisons comme si, puisque c’est elle la faiseuse de tendance.

Pour l’achat des fournitures scolaires; notre Madame Gnanhi se rendait à la Librairie française au plateau, ou à la Librairie Saint Jean à Cocody, pas de marchandage.

La crise est venue tout gâcher. Madame Gnanhi prétend que c’est du gaspillage et c’est indécent de gaspiller autant d’argent alors que à la Librairie Par terre, on trouve tout à moitié prix. La Librairie Parterre, c’est le Gibert et jeune de là bas. La différence c’est que les livres sont disposés sur des tables basses ou à même le sol. Mais j’ai lu dans Gbich, le journal humoristique, que même à la librairie Parterre, c’est la Surcrise. Ne vous avisez pas de marchander. Il parait que le vendeur n’hésite pas à vous vendre la moitié du livre. Et oui! on en a pour son argent.

Le livre coûte 4000, vous n’êtes pas en mesure de l’acheter à ce prix là?

« Prenez la moitié du livre et revenez quand vous avez le reste…. »

La crise a ouvert les yeux à mes frères. Dans le temps, on laissait le commerce aux autres, à ceux qui ne sont pas du pays. Aujourd’hui, tout le monde est commerçant.

Tous veulent gérer la crise. On peut comprendre les apprentis chauffeurs qui ont parfois envie de « jeter l’éponge » face à cette situation incontrôlable ou mêmes les passagers gèrent leurs déplacements. Nul n’ignore combien ça coûte de Bingerville à Adjamé. Certains passagers montent, puis au moment de payer, ils disent de leur voix miséreuse:

« Mon frère, pardon, c’est tout ce que j’ai! » En général ce n’est pas le prix exact du billet. Et si l’apprenti ne veut rien entendre, il descend et finit à pied. Après tout, si les autres roulent en voiture, il a ses pieds lui. C’est naturel et ça ne pollue pas!

Pas étonnant que Madame Gnanhi se soit transformée en une Adriana Karembeu en un temps record. Elle mange moins, elle marche; elle gère sa vie.

J’arrête de gérer pour ce soir.

A bientôt!