Willykean, l’orage et les légumes

ignameNous avons tous des peurs enfouies, secrètes, ne me dites pas le contraire, je ne vous croirais pas.

Je suis punie depuis hier. J’ai réussi à griller mon ordinateur. En attendant que Monsieur revienne de la Fnac, je squatte le poste des triplets.

C’est le clavier sur les genoux, les genoux à hauteur du menton parce trop grande pour leur bureau…

Impossible de poster des sujets comme j’aime le faire alors je me lance dans un délire. Je disais il y a peu que la meilleure torture que l’on puisse me  faire subir, c’était une menace d’orage. Les éclairs, les grondements de tonnerre, il n’y a pas pire pour moi.

L’histoire avec les légumes date d’il y a vingt ans. Je résidais en cité universitaire, ma fenêtre donnait sur l’un des parkings du campus. Jusque là rien à voir avec l’orage.  Si justement. Les fenêtres sont mal orientées à mon goût. J’aurais souhaité que ma chambre soit noyée dans les couloirs intermédiaires afin que pendant les orages, les éclairs ne filtrent à travers les rideaux tirés de ma fenêtre.

Parce que vous savez, à l’approche d’un orage je suis comme un rat pris au piège. Ou alors une Danielle Evenou avec ses tocs.

Je fais le tour de la maison si je suis chez mes parents, pour m’assurer que tous les miroirs sont bien retournés, je ferme toutes les fenêtres, avant de me trouver un endroit isolé où je ne vois pas les éclairs qui déchirent le ciel. Sans parler de mes doigts qui servent de boule quiès.

En général, à la fin de chaque orage, je fais de la fièvre.

Il m’est même arrivé un jour de monter sur le toit pour compter les paratonnerres qui me protègent contre la foudre.

Revenons donc à ce jour là. Nous effectuons un tranfert dans les annexes de l’université situées à l’autre bout de la ville. Tout aurait été parfait si une pluie soudaine ne s’était abbatue sur la ville. Mon humeur, de joviale est passée soudain à terne, triste. Je réfléchis à la façon dont je sortirai vivante de la situation.

Pendant notre escale sur le retour j’avais acheté de l’igname, trois belles ignames rassemblées par une corde, mon repas du soir. Les étudiants normaux discutent, rient, insouciants, moi je reste silencieuse, j’ai peur, j’essaie d’être courageuse, d’éviter d’être la risée d’un autocar entier d’étudiants.

Je songe à mon futur proche. Au moment où le car va s’immobiliser pour nous libérer sur le campus. Nous arrivons enfin sur le campus. Le car se gare sur le parking. Les gens rassemblent leurs affaires pour descendre, le car se vide, le chauffeur se retourne, assise au fond, pétrifiée par ce déluge qui tombe sur la ville, j’ose à peine me tenir sur mes jambes. Je ne peux non plus élire domicile dans le car.

 « Bon alors Mademoiselle vous descendez? »

« Attendez encore quelques minutes Monsieur »

« Mais tout le monde est parti, qu’attendez vous? Quelque chose ne va pas. »

Ce qui ne va pas c’est que j’avais peur de sortir sous l’orage, de me faire foudroyer. Le paratonnerre n’était pas assez près. Mais le chauffeur s’impatiente, normal, il avait fini sa journée et ne comptait pas passer sa nuit sur le campus.

Je descends malgré moi puis je me mets à courir aussi vite que je peux. Mon joli petit paquet d’ignames tombe, elles roulent dans tous les sens, j’hésite un moment, partagée entre courir après l’igname ou me protéger de l’hypothétique foudroiement.

J’essaie d’en rattraper une. mais elle roule en contre bas comme les deux autres. Alors j’abandonne. Entre l’igname et moi. Le choix est vite fait. Je cours, je cours, je me précipite chez moi; mais seule je ne suis pas rassurée alors sans refermer ma chambre, je monte les escaliers quatre à quatre pour retrouver mon amie du troisième étage. A deux c’est mieux.

J’arrive chez elle pour trouver la porte ouverte.

« Adèle, adèle, où es-tu? »

 Silence

 « Adèle??? »

« Je suis ici »

 « Mais où ici? »

« Là »

Je cherche. Point d’Adèle en vue.  « Où donc es-tu? »

 « Ici, dans le placard »

Et là, je la découvre, cachée dans son placard, parce que elle aussi a peur de l’orage. Nous nous sommes reconfortées et nous avons beaucoup rit aussi de l’igname qui roule sur le parking et de Adèle dans son placard…

Cela ne m’empêche pas encore aujourdh’ui de trembler par temps d’orage et de reconforter mes triplets quand E reveille les autres  en disant:

« Réveillez vous, c’est l’orage, allons dans le lit de maman. C’est le seul moment où je deviens le héro de mes « loupios ».

Maman n’a pas peur, pour mes enfants, je brave l’orage.

Et vous de quoi avez vous peur?