Savoir donner: le petit guide

 

le-petit-guideParler de gens célèbres, de créateurs, d’écrivains, des gens déjà sous les  feux des projecteurs… Et pourtant il y en a qui mériteraient que l’on parle d’eux, des gens qui savent donner, qui n’attendent rien en retour ou devrais-je dire qui se souviennent de vous pour un pourboire de 0,55€.

Je me suis dit que je devrais parler de ce jeune homme, celui que vous voyez sur la photo, en short rouge. Le petit guide bénévole. Il ne connait ni les nintendo, ni la vidéo, ni la télé. Il va à l’école de la nature. Il est né vert, ou il ne pouvait être que vert.

 

le-petit-guide-aSon école, c’est la forêt du Banco. Son jouet, il l’a fabriqué de ses propres mains. Je vous parle de ce petit guide parce que aujourd’hui encore je repense à lui. Je n’ai cessé de dire combien le monde était injuste, combien nous avons été injustes et il me semble naturel de le mettre en vedette ici sur mon blog.

Je n’arrête pas de me dire que nous avons été injuste et j’en ai honte.

Cet enfant qui nous a guidé bénévolement dans la fôret du Banco, s’était contenté de 0,55 euros que nous avons bien voulu lui donner comme pourboire alors que le lendemain, un guide, adulte, officiel, cette fois n’a pas été capable d’assurer sa visite parce qu’il lui manquait ce savoir dont un enfant de 9 ans, non scolarisé, nous avait fait gracieusement don la veille: ce que mon père a fait à sa place, une visite guidée à 8 euros cette fois.

Ce petit guide m’avait beaucoup impressionné il y a 9 ans. Pas scolarisé parce que même avec un salaire de forestier, ses parents n’étaient pas en mesure de lui offrir une scolarité. Il était inscrit à l’école de la vie. Pendant une heure il n’ous a promené dans la forêt. Chaque plante, chaque cri d’animal ne lui était pas étrangers. Il reconnaissait tout à l’oreille, savait les divers usages de chaque type de plantes, des fruits, comment éloigner les gorilles, comment reconnaître les empreintes d’animaux. C’était un enfant de la forêt, comme beaucoup d’autres enfants.

Ce jour là, j’ai remarqué que nous étions suivis pendant la visite. Le petit guide nous a expliqué que c’étaient ses amis d’infortune ou ses compagnons de jeu. Il était convaincu qu’ils l’enviaient. Parce qu’il était avec nous. Parce qu’il nous guidait. Parce qu’il était quelqu’un de très important ce jour là. Il guidait un groupe d’adultes dans sa forêt. Il pouvait être fier.

A la fin de la promenade, mes enfants ont timidement demandé s’il pouvaient essayer sa voiture.

C’est le jouet que vous voyez là. Fait de ses mains. Des fruits ronds d’un arbre dont je ne me souviens plus du nom. Il suffit de se baisser pour les ramasser. Un tronc d’arbuste taillé en pointe, du fil de fer travaillé en forme de volant, vous assemblez le tout et vous avez une voiturette. Je connais le principe. Enfants, nous avons tous utilisé le même système. Pour faire des skates, des patins.

Eh oui, pas de neige ni de glace mais nous pouvions faire du skate en nous plaçant sur une pente pour avoir une descente facile. Les jeux de jeudi après midi. Cet enfant donc faisait de la récupération. Il était déjà décroissant, il savait se servir de ce que la terre lui offrait. Il se contentait de ce dont il avait besoin. Mais s’il avait eu le choix il aurait préféré aller à l’école.

Ce petit guide mérite d’être mis en vedette. Il a su nous donner son savoir, son expérience, gratuitement. Il ne demandait rien. Il faisait ce qu’il savait faire avec plaisir.

Neuf ans plus tard, aujourd’hui où j’écris cet article, il aura grandi. S’il se reconnait, et qu’il n’apprécie pas de se voir ici. Il lui suffit de me demander de retirer l’article. Pass besoin de me faire un procès.