Peur de l’avion moi? Il y a pire!

Vous avez déjà lu Willykean, l’orage et l’igname: il raconte ma peur pour les orages. Mais aussi pour les ascenseurs, et les avions…
Parlons de la phobie des avions. Je ne suis pas la seule, avouez? Bon peut être suis-je la seule à le dire tout haut.
Je voyage souvent, beaucoup plus en voiture aujourd’hui qu’en avion. Mais quand je prenais beaucoup l’avion, c’était comme pour aller au bloc opératoire. Je deviens beaucoup plus pratiquante que jamais. Toutes mes prières y passent. Je ne prends pas de somnifère pour dormir durant le voyage, oh non! J’aime rester consciente. Voir arriver comme si le cas échéant, j’y pourrais quelque chose.
La dernière fois que j’ai pris l’avion, c’était en 2007, j’ai été supplantée par ma voisine. Le hasard a fait que nous nous sommes retrouvées trois ivoiriennes placées ensemble.
L’avion se remplit peu à peu, les valises et les bagages à main sont plus ou moins casés, tous les passagers sont enfins installés; l’avion va décoller. Je reste zen. J’inspire, j’expire, j’ai comme un étau dans la poitrine. Je parais très très calme. Je suis les mouvements de l’avion; s’il prend de l’altitude, j’inspire, lorsqu’il descend, j’expire.
La méthode est presque efficace. Pres de moi, il y a un vide, je vois la troisième dame bien assise sur son siège. Entre nous, c’est le vide.
Mais que fait-elle? Elle a peut être un malaise? Ou le cafard. (avant le décollage, nous avions dit les raisons qui nous amenaient au pays). Cette jeune femme, dont le père venait de décider, se rendait aux funérailles.
De la voir plier en deux comme cela, comme les sièges de salle de cinéma, je me suis dit que soit elle pleurait la tête entre les jambes ou qu’elle avait des problèmes à l’estomac.
« Excusez moi,  tout va bien?, voulez vous que j’appelle une hôtesse? »
Je n’ai eu pour seule réponse que un signe de la main indiquant non. Bizarre. Je continue mes séances Zen. Agrémentées de quelques palpitations, mais intriguée par le manège de ma voisine, j’en oublie presque ma phobie. Désormais, je focalise sur les faits et geste de la demoiselle.
Nous restons un moment sans turbulences. Notre voisine revient « à la vie ». Elle est drôle, très pétillante. J’ai réalisé plus tard que toute cette bonne humeur l’aidait à occulter le deuil et sa phobie de l’avion.  Nous avons eu droit à des blagues, des anecdotes plus croustillantes les unes que les autres. Le dernier grand moment de frayeur fût la descente vers Abidjan. Un violent orage dont les éclairs ont balayé l’intérieur de l’avion. J’ai entendu « Maman »! puis ma voisine plongea à nouveau la tête entre les jambes, les mains aggripées à nos deux cuisses (la passagère à sa droite et moi).
Je peux vous assurer que je n’ai presque  pas vu le temps passer. Pour une fois. J’avais eu un rémède à ma peur de l’avion. Le spectacle affligeant de cette jeune femme m’avait guerrie de ma phobie, le temps d’un voyage.
Il y a vraiment pire que moi! Et ça me rassure.