Dis moi comment tu dragues…

Je te dirai si ça marche!

vierge-1Nous ne sommes ni à une retraite, ni à un camp de jeunesse chrétienne. Nous sommes en présence d’un fait divers; Tout se passe dans les années 80, sur un campus universitaire. Un peu comme dans Gossip Girls; sauf que dans ces années là, nous étions loin de gossip girls et peu habitués à ce genre de déclaration.

Dans les années 80, en dehors des rencontres sportives, de ceux qui avaient les moyens de prendre des cours de tennis, 90 pour cent de la population du campus n’avaient que les sports collectifs pour se distraire et la salle de jeu. Et quelle salle de jeu!

Une table de ping pong et une télévision en noir et blanc. Quand intervient la drague? Eh bien, autour des cours de tennis, des terrains de hand, de volley, des rencontres inter universitaires ou dans la salle de jeu.

Meetic, Myspace, facebook et tous ces sites communautaires n’existaient pas. Les rencontres sportives étaient les meilleurs endroits pour draguer; le reste se passe autour d’un film.

Le salon est petit, quelques fauteuils seulement pour les premiers arrivés sinon vous restez debout, à moins de ramener votre chaise.

Bref. Nous allons donc voir notre feuilleton préféré une fois par semaine. Dans la salle. Très peu de garçons. Parmi eux, un qui se démarque: beau, grand, discret et prévenant.

Je le sais parce que la première fois que nous y avons mis les pieds, il s’est tout de suite levé et nous a cédé son fauteuil.

Oh quelle charmante attention. Un point pour lui. Dès lors, même si nous n’avions pas forcément envie de paraitre accro à ce feuilleton, nous étions assidues à la salle. Ce garçon intéresse Jannette. Elle l’a déclaré en premier. Alors pas d’entourloupe. Plus personne ne lui fait de concurrence. On peut paraître Gossip ssans en être réellement.

Commence alors un feuilleton bis dans la salle. Tous les jours, à l’heure du vrai feuilleton, nous arrivions à deux ou à trois, notre don juan nous cédait son fauteuil et restait debout derrière. Pendant que j’essayais de me concentrer sur le film, je devinais mon amie qui se retournait aux deux tiers, pour jeter un regard furtif à l’arrière.

Mais il ne faut surtout pas avoir l’air intéressé. Elle détourne très vite le regard, le temps de se rendre compte qu’il l’observe. Je dis IL parce que nous étions que de parfaits inconnus. Pas un échange de paroles, pas de mains serrées. Rien. Que le fauteuil qui nous lie.

Notre Beau jeune homme était présent toutes les semaines et nous aussi. Parfois la bande de filles s’agrandissait. Sans surprise non? Entre filles on discute, on se fait des films, on décrit, on vante, sans prendre d’initiative. On laisse la dure tâche aux garçons.

Nos amies nous accompagnaient de temps à autre pour voir Le garçon.

Mais quand va-t-il enfin se décider? Qu’est ce qu’il est long à la détente! Il n’a rien compris ou il n’aime pas les filles.

Alors, découragées, nous arrêtons d’aller voir le film. Un mois passe. Puis Jeanette demande à y retourner. Au cas où.

Il était là. Toujours égal à lui même, il nous a proposé son fauteuil comme d’habitude. Puis a quitté la salle.

Mince. Je ne comprends plus rien. La décision est prise.

J’ai dis à Jannette:

« Ne t’en fais pas, il n’est pas le seul garçon du campus. Il y en a plein d’autres. Tu trouveras forcément un qui te plait.

La vie normale reprend. Les mois passent. Plus personne ne parle de notre inconnu. Puis une après midi, au cours d’une rencontre de volley.

« Le voilà Jeannette ».

« Mais qui »?

« Lui. L’inconnu de la salle de télé! »

 Il était  supporter du camp adverse. Face à nous. Très extraverti, rien à voir avec l’inconnu que nous épions des mois auparavant.

Et puis. Qui s’intéresse encore à lui. L’euphorie est passée. Les Gossips ont tourné la page. Tout de même, Jeannette était comme hypnotisée. Le match ne l’intéressait plus vraiment. Par contre l’inconnu avait toute son attention.

A la fin du match. Nous nous dépêchons de quitter le stade. Direction notre chambre. Je sens une présence derrière. Quelqu’un qui, il me semble, se hâte de nous rattraper.

« Jeannette, ne te retourne surtout pas. Ayons l’air naturel. Continuons de marcher ».

Puis je sens une main posée sur mon épaule. J’étais sûre de savoir qui c’était.

Notre inconnu.

« tu me laisses parler à ton amie quelques minutes »?

« Bien sûuuuuuuuuuur »!

Je marche un peu devant pour leur permettre de faire connaissance.

Ils s’arrêttent. Moi aussi. Pour faire le chaperon, je suis championne.

Puis soudain, je vois mon amie s’éloigner de son bel inconnu. Comme quand l’on veut faire le « gâtaire » de quelqu’un. Le gâtaire? Vous ne pouvez pas savoir. Disons que c’est « casser » quelqu’un comme dans Brice de Nice.

Elle prend ses distances et là je la vois les cinq doigts fins de sa main droite tendues en direction du jeune homme.

« N’importe quoi, tu t’es bien regardé? Mais pour qui te prends tu? A qui crois tu t’adresser »?

Je ne comprends plus rien. alors je me rapproche pour écouter.

« Que se passe -t-il Jeannette »?

« Il a osé me dire ça! grossier personnage »!

« te dire quoi enfin »?

« Me dire à moi qu’il veut coucher avec moi, qu’il veut me faire l’amour »!

« Oh, oh? oh » Rien d’autre ne sortit de ma bouche pendant les minutes qui ont suivi cette déclaration.

« Mais quel goujat! Stupide! nous nous sommes trompées sur son compte »!

Et notre jeune homme de continuer dans sa bêtise.

« Mais je t’adore! Je t’adore ».

« Et il continue! Mais quel idiot. Oui je sais que tous les matins tu viens te recueillir et m’adorer dans ma chapelle. Non mais, il s’est vu lui? Avec sa tête de pioche, et sa chemise super timor, son pantalon nico Mbarga…. »

Il a eu droit a tout. Puis nous avons tourné les talons, empruntant une démarche à la façon de la  pub wrangler de l’époque. Par pure provocation!

Notre jeune homme est resté planté là jusqu’à ce que nous disparaissions dans notre bâtiment.

Aujourd’hui quand j’y repense, je ne peux m’empêcher de me demander si c’est un vrai timide qui n’a pas su comment s’y prendre, ou un vrai goujat. Je m’intérroge encore.

Votre plan drague à vous? Dites moi.