Pourquoi je n’avais pas envie de fêter noël?

Noël est derrière nous.

J’ai passé le réveillon avec mes amis et mes deux soeurs. Cette année je n’avais pas le coeur à prendre la route pour la normandie. Depuis deux mois, ce dilemne me donnait la migraine.

Je n’avais pas envie de rire pendant les diners au cours desquels quelqu’un aurait le « chic » de s’approprier le conflit qui divise mon pays. De rire à des blagues pour lesquelles mon esprit serait moins ouvert que d’habitude.

Comment expliquer aux enfants que je n’avais pas le coeur à ça?

Les filles ont dû lire dans mes pensées. Elles ont émis le voeux de fêter noël chez leur cousine à Rennes. Avec mon fils et son père, nous avons réçu à la maison mes deux soeurs, leurs compagnons, et mes amis.

L’apéritif était presque explosif. Le mari de mon amie a oublié les consignes. Il s’inquiétait pour ce qui se passait au pays, pour mes parents. Partis de bonnes intentions, ça a failli se terminer en camps retranchés.

Evidemment il croyait connaître la situation. On en parle à la télé. Il ne comprenait pas que je ne sois pas d’accord avec ce qui se dit à la télé. Mon mari non plus. Alors j’ai entrepris de lui rappeler les faits de 2004 et toutes les irrégularités qui sont tues par la presse et les juges;

Au lieu de lever nos verres, je me suis livrée pendant dix minutes à un récapitulatif des faits vus par nous. Mes soeurs sont montées au créneau. Finalement, j’ai remis la fin pour un « entretien privé » illustré par des images qui parlent.

Bref, le réveillon n’était pas un vrai réveillon. Nous avons fini par rire, danser, mais était-ce vraiment de la joie? Je ne saurais vous le dire.

Et pour couronner le tout, il a fallu que je subisse les remarques cinglantes de ma soeur aînée. Ce soir là elle s’est prise pour Karl Who. Elle m’a déclaré de façon catégorique et « agressive » que j’étais grosse. Je pèse 67 kilos pour un mètre soixante quatorze. C’est vrai que cela fait sept kilos en trop, que je promets de perdre depuis 2008.

Je me suis retenue de lui rappeller qu’elle pèse plus lourd que moi et qu’elle devrait plutôt s’inquiéter de son surpoids. Mais c’est ma soeur, je la connais assez bien pour savoir qu’elle est désespérée pour les kilos dont elle a du mal à se délester. Qu’elle a peur que je devienne comme elle. (Je suis son modèle, son idéal et sa poupée de toujours) Et si je deviens obèse, elle ne pourra plus satisfaire sa passion de shopping addict. Elle n’aurait plus l’occasion de m’habiller…

J’ai compris que sa façon maladroite de me mettre en garde est une inquiétude « maternaliste » et réflète son échec personnel pour le régime qu’elle suit depuis.

Voilà, noël est fini. J’ai parlé à mes parents. Pour l’instant ils sont sains et saufs. Ma mère est convaincue que si elle pouvait fuir au village, ses chances de survie seraient plus importantes. Je lui ai expliqué que déjà à l’ouest, les populations fuiait les attaques de rebelles et certains sont même empêchés de passer la frontière pour se réfugier dans les camps  HCR au Libéria.

Crever ici ou ailleur, où est la différence?

Joyeux noël à Tous.