La danse de la mante religieuse ou comment marcher en biais

La mante religieuse est un long insecte pouvant atteindre 6 cm, le mâle est plus petit, de couleur allant du vert fluo au beige clair, possédant un prothorax long et étroit qui forme un  » cou  » mobile. Au bout de ce cou, une tête triangulaire caractéristique, particulièrement mobile. Les pattes supérieures sont ravisseuses et fortement épineuses.

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Pourquoi la mante religieuse en exemple? Tout simplement parce que c’est à cela que peut ressembler mon quotidien depuis que je gagne ma vie. Tout dépend de l’itinéraire emprunté en fait. Au début, en empruntant la ligne pontoise paris nord saint lazare, mon style était tout autre. Là bas on marche, droit, tel Claudia Schiffer sur le T qui la guide vers les invités à un défilé dont elle est la vedette.

La différence avec Claudia Schiffer, c’est que moi, une fois dans le RER, je subis une séance d’amincissement. On est droit, compressé, on mincit malgré nous , sacoches  et sacs à mains compris. On apprend à faire un voyage en apnée par moment tant l’on est serré dans les commodités qui nous portent vers l’eldorado qui n’en est pas un.

Puis un jour, on m’a annoncé qu’un miracle, humain venait de se produire. Une ligne directe de chez moi à Saint Lazare; Le bonheur, mais ce que j’ignorais, c’est que avec cette ligne, je changeais de démarche et que désormais un apprentissage nouveau s’imposait. D’où la technique de la mante religieuse ou la marche en biais.  Exactement comme pour les ourlets: ne pas piquer droit, pour marcher, c’est les deux pieds d’un côtés puis de l’autre en gardant son équilibre. Ou si vous voulez, comme les roseaux, on plie, on se tord, sans se casser.

La mante religieuse c’est moi. j’arrive à paris saint lazare, il y a du monde, trop de monde, j’ai peur de la foule. Heureusement que ce n’est pas permanent. Lorsque le train nous déverse à Saint Lazare, on n’est plus Claudia schiffer, celle qui marche la tête haute. On se méfie, comme la mante religieuse; avez vous eu l’occasion d’en observer une? Moi si. Une mante religieuse est philosophe, prudente, c’est naturel.

Elle hésite, elle balance, un pas en arrière, un en avant, la tête haute mais toujours décalée, en biais, exactement ce que je fais. A saint Lazare, tout le monde court. Les mamis, les papis, les jeunes… Si vous ne savez pas marcher en biais, vous entrez en collision avec quelqu’un. Et ça peut être fatal. Depuis que j’emprunte cette ligne, j’ai gardé les talons, moins hauts et je marche en biais, il faut savoir le faire sinon c’est vous qui vous retrouvez par terre.

Marcher en biais pour éviter les collisions à gauche et à droite, garder la tête légèrement portée en arrière, pour éviter un choc frontal.

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Comme là. Parfois on entend des femmes pas des hommes, et dire que nous sommes mauvaises langues. Mais je vous jure que là c’est une femme que j’ai entendue.

« bouscule moi encore, tu vas voir si je t’éclate pas »

Vous comprenez pourquoi je marche en biais et pourquoi je continue d’être une parfaite mante religieuse.

Un proverbe espagnol dit: « En bocca serrada no entran moscas »

Rien à voir avec la mante religieuse mais c’est très sage et le sens rejoint mon propos. Au milieu d’une foule agitée et stressée, savoir marcher peut vous sauver d’une agression ou d’un accident tout bête.

Bonne soirée

On ne récolte que ce que l’on sème!

Un peu d’humour pour réchauffer ce temps de pluie. Toujours dans la catégorie « agressivité ».

Aujourd’hui je vous téléporte aux funérailles. Pas d’inquiétude, vous y êtes invités en observateurs. Les funérailles chez nous sont spéciales. Plus courues que les télé réalités. Pourquoi cet engouement?

Parce que les funérailles sont devenus les endroits parfaits pour faire le show. A ces endroits là, il n’y a aucune télé mais on pourrait croire que si! A la veillée, il y a ceux qui viennent pleurer, vraiment pleurer, ceux qui sont là pour faire de la figuration et ceux qui viennent pour le buzz.

Bref, je pourrais écrire un roman fleuve avec les funérailles. Contentons nous de croquer l’histoire de Brika charlotte. Je l’ai appelée Brika pour me protéger contre d’éventuelles réprésailles.

Car brika est une jemme femme très agressive, hyperagressive, il ne faut pas la chercher, sinon vous la trouvez. Brika a fait des disputes sa marque de fabrique. Au marché, au restaurant, à l’école de ses enfants, même à l’église, elle réussit à se disputer avec les autres.

Aux funérailles elle ne passe pas inaperçue. Même lorsque la famille affligée n’est pas très proche d’elle!

Ce samedi là, c’était les funérailles de Séri; Séri, c’est l’oncle à la soeur de la meilleure amie de Brika Charlotte. Belle occasion pour elle de montrer combien elle compatie. Elle s’apprête comme il se doit pour se rendre aux funérailles. Le choix de la lingerie fût méticuleux, les chaussures impéccables, le pagne, ( mon mari capable) et la perruque bien fixée.

Lorsque Brika arrive, les femmes sont assises à même le sol. Elles pleurent, elles hurlent les unes plus fort que les autres. Brika cherche l’endroit idéal pour faire sa chute. A gauche, à l’angle, du côté où il y a beaucoup d’hommes. Elle fait une triple chute, puis atterrit les fesses dans un coin de la place. Elle crie, elle pleure à la hauteur de son chagrin.

Un homme dans la foule s’approche et gentillement lui dit:

« Madame, ne restez pas là »

« Qu’y a t-il? Je n’ai pas le droit de m’asseoir où je veux? On ne peut même plus pleurer tranquillement? »

« Mais vous ne pouvez pas rester là. »

« Attention à vous! Depuis tout à l’heure je vous ai remarqué. Vous n’avez pas arrêté de me regarder comme si vous n’aviez jamais vu l’homme (traduire comme si vous n’aviez jamais vu un être humain, mieux, comme si j’étais un extraterreste). Je suis assise sur vous? (je vous dérange?)  Non mais si je veux m’asseoir ICI pour pleurer, vous n’avez rien à me dire. Qui etes-vous d’ailleurs pour oser me déranger quand je pleure? »

Le ton monte, Brika n’a plus du tout la voix triste. Les gens autour mettent le Monsieur en garde

« Mon frère, méfie toi, les histoires, c’est son petit déjeuner, son déjeuner et même son dessert. Si tu ne veux pas te faire ridiculiser, laisse la tranquille. »

Brika ne laisse pas finir le monsieur, détourne son regard et continue ses lamentations, pas pour longtemps.

Elle a anormalement chaud aux fesses. Elle cherche la cause de cette chaleur. Les gens autour voient la fumée remonter de son postérieur vers les épaules. Elle sent la brûlure, fait un bond du sol.

« oh oh oh oh ohhhhhhhhhhhhhh! Waha wahaha »

Quelqu’un dans l’assistance s’exclame:

« elle a quoi encore, donc pleurer là y a son façon (traduire, qu’est ce qui lui arrive encore à celle-là,  y a t-il une autre façon de pleurer que nous ignorons? »

Brika se lève d’un bon, la main protégeant son postérieur. Son pagne avait brûlé à cet endroit là.

« C’est le feu! c’est le feu! »

Et l’homme de confirmer:

« voilà, c’est ce que j’essayais en vain de vous dire.  Voilà ce qui arrive quand on prend palabre pour faire son drapeau! Moi je savais que quelqu’un avait braisé de la banane à cet endroit là avant l’installation de la bache. Si vous m’aviez écouté au lieu de m’agresser, rien de tout cela ne vous serait arrivé! »

« c’était donc ça? Il fallait me le dire »

« Comment vous le dire alors que vous ne me laissiez même pas en placer une? Je ne suis pas fou. Tout le monde me disait de me méfier et puis vous avez confirmé leur dire en m’agressant verbalement. Je ne pouvais que vous abandonner à votre sort. »

Y a t-il une Brika dans la foule?

 

De quoi vous mêlez vous?

Trop d’agressivité nuit à l’individu

 

Je vous livre ce soir une histoire drôle liée à l’agressivité et à ses conséquences parfois désastreuses.

Il s’agit d’un villageois, très agressif, ne tardant pas à bondir au quart de tour, souvent fâché avec tout le monde. Un libanais arrive au village, il souhaite exploiter le bois de la forêt. Or les villageois se sont mis d’accord pour ne plus vendre aux gens qui viennent de l’extérieur, détruire leur forêt.

Tout le monde était d’accord, jusqu’à l’arrivée du Libanais. Yao, je l’appelle ainsi mon villageois, voit le libanais à huis clos et lui concède ses terres. A l’annonce de la nouvelle, les villages le convoquent chez le chef, tous les sages sont là avec leur connaissance ainsi que quelques jeunes universitaires.

Les sages parlent en premier:

« Mon frère Yao, nous avions décidé de ne plus vendre nos terres, pourquoi as tu fait ça. Certains étrangers arrivent chez toi, ils sont nourris et logés, tes femmes se plient en quatre pour leur faire plaisir et avant de partir, ils te disent:

« mon ami, merci pour ton hospitalité, je n’oublierai jamais mais une dernière chose, ta femme est tellement belle, je veux l’emmener avec moi »

Le sage termine et notre Yao, très énervé se lève d’un bond et pointant le doigt vers le sage, s’écrit:

« tu vé dire quoi même, c’est quelle histoire d’étranger qui veut prendre ma femme » Est ce que étranger là a dit que il veut prendre ma femme? ».

« Non, pas encore, c’est une façon de parler. »

« Bon alors ta façon là je n’aime pas. Si c’est ça là que tu as vu alors c’est bon! »

N’oublions pas que Yao est analphabète, donc il parle un français phonétique, raison pour laquelle je propose à ceux qui le souhaitent une traduction)

Un jeune homme demande à prendre la parole

« Vieux, nos fôrets sont la seule richesse qui nous reste. Donc il faut comprendre les autres quand ils disent de ne plus vendre… Mais puisque le mal est fait, il faut essayer de tirer partie de la situation: demander en contre partie au libanais de reconstruire le pont du village. »

« ah bon tu as fini de parler, c’est quelle affaire de contre partie et tirer partie. On va tirer sur qui ici. Depuis là vous tous vous parlé oh oh oh comme ça là, c’est quoi même?  Donc ton français là c’est sur moi tu vas t’entrainer? Si tu connais papier c’est pour toi, c’est pas pour moi. D’ailleurs même est ce que papier on manz? Je dis oh, c’est moi même mon bous qui as dit ké libanais n’a qu’à acheter non? Ahh on pé pli ici. Si zé di ké c’est bon, c’est bon. Pourquoi vous mété vote bous dans mon zafè?

« Bon si tu le prends ainsi… »

« Oui je prends comme ça. aujourd’hui et demain je prends comme ça, alors? »

« Bon nous n’avons plus qu’à nous retirer. »

 Les gens ramassent leurs tabourets et rentrent chez eux.

Quelques semaines plus tard, les pluies diluviennes s’abattent sur le village, le fleuve ménace de l’engloutir, il faut partir, comme tout le monde, notre ami prend quelques souvenirs à emporter. Sur la rive, les premiers habitants se jettent à l’eau, ils nagent, nagent de toute leur force pour atteindre l’autre rive. Yao est perdu dana son monologue

« hum comment je vais fai. ze si obligé ho..; Dié est grand. » et il fait comme tout le monde il se jette à l’eau à son tour, mais il ne sait pas nager comme moi? A peine deux mètres plus loin, il commence à boire la tasse.

‘Au secours, au secours, aidez moi! »

 Sur l’autre rive, les autres le voient se débattre, lutter, battre l’air… et quand il peut, on l’entend lancer des accusations et maudire: 

« Vous è méssants, vous è pas zenti. vous n’en qu’à me aidé. »

et eux de répondre:

« c’est nous mêmes nos oreilles et nos yeux non? Si on n’a pas entendu, si on n’a rien vu, est ce que c’est crédit. C’est ça on dit que c’est quand  y a chaleur là qu’on voit si margouillat sait porter pantalon!! Tu n’as pas dit que tu peux, que ta bouche là çest long jusqu’à on peut pas couper? »

« Pardon mes frères, nous sommes frères non? vous n’a qu’à avoir pitié vous n’a qu’à sauvé moi.. »

Comme je suis gentille, je vais donner une fin heureuse à l’histoire. La solidarité a repris le dessus, un villageois a plongé pour répécher Yao. Et depuis ce jour, il est devenu la risée du village.

« Tu n’a pas dis que tu peux? »

L’agressivité ne rend service à personne , on ne sait jamais quand l’on peut avoir besoin des autres; attention donc à ne pas se mettre tout le monde à dos comme Yao