Redemption songs

J’aime Bob Marley. Je n’adhère pas à toute sa philosophie, si vous voyez ce que je veux dire. Ce qui fait que je retourne toujours à sa musique c’est le sens profond qu’elle convoie, sa clairvoyance, son avance sur son époque; c’est le fait que sa musique reste d’époque ou d’actualité, sa manière de prophétiser. Bref, les raisons sont multiples.

J’aime particulièrement Redemption songs parce que les paroles sont très intenses et collent parfaitement aussi bien à notre monde actuel.

Won’t you help to sing these songs of freedom? Cause all i ever have:Redemption songs;

Ne voudrais tu pas entonner avec moi les chants de liberté? Parce que je n’ai que ces chant de rédemption.

Emancipate yourselves from mental slavery; None but ourselves can free our minds. How long shall they kill our prophets, while we stand aside and look?  Won’t you help to sing these songs of freedom?

Emancipez-vous de l’esclavage mental. Personne d’autre que nous-mêmes ne le fera à notre place. Combien de temps encore tueront-ils nos prophètes? Pendant que nous assistons impassifs au spectacle?

Ne voudrais tu pas m’aider à chanter ces chansons de liberté?

Il n’est nullement question de tuer quel que prophète que ce soit. Nous parlons d’un peuple. D’une histoire  d’élection qui est devenue l’affaire de tous; De certains pays frères qui ont des problèmes récurrants à traiter dans leurs propres pays mais qui s’empressent de venir faire la guerre chez les autres. De tous ceux qui aveuglés par leur soif de démocratie sont prêts à piétiner la démocratie pour triompher.

Emancipez vous de l’aliénation mentale et reprenez avec moi le refrain.

A bientôt

Ne rien voir, ne rien entendre, sanctionner!

La gadou tellement compacte! Mais nous avançons comme des moutons de panurge.

Quand rien ne va, il faut sanctionner. Mais qui? Où sont les incendiaires? Où sont les criminels?

Impossible de départager tout ce monde; aucune importance, nous avons la gadou qui gène la vue. Nous ne voyons que ce que nous voulons voir. Pour le reste, nous fermons les yeux.

Cela ravive mes souvenirs de pensionnat. Où pour désamorcer les tensions entre diverses bandes de filles, Soeur Colette avait fait référence à un conte. Celui d’une famille de hérissons, jadis heureuse de vivre ensemble, qui a failli éclater à cause de petites guerres intestines.

Les hérissons sont un peu comme les fourmis, ils ont l’habitude de vivre ensemble, l’éducation de chaque enfant hérisson est assurée par toute la communauté. Ils sont solidaires, mais un jour, certains des hérissons se sont plaints de travailler plus que d’autres, de gagner moins que d’autres, d’avoir un emplacement moins intéressant que d’autres.

Chez les hérissons, plus rien ne va. Le chef hérisson réalisa très vite que sa communauté allait à la dérive. Il a eu la brillante idée de rassembler ses frères hérissons, au lieu de faire appel au lion, roi de la forêt, pour règler les problèmes internes.

A l’assemblée de hérissons qui l’écoutait avec révérence, il a simplement dit ceci.

« Mes chers frères, nous sommes des hérissons, nos problèmes de hérissons restent des problèmes de hérissons. Le lion ne pourrait comprendre vos difficultés comme je le fais. Nous avons toujours su vivre paisiblement ensemble. Si aujourd’hui certains commencent à montrer d’autres hérissons du doigt, c’est simplement que nous sommes las de vivre les uns sur les autres. Lorsqu’on commence par voir ou sentir les pics sur le dos d’un autre hérisson, cela signifie qu’une crise s’amorce, pour le désamorcer, la meilleure solution, c’est de se retirer pour méditer; Les retrouvailles n’en seront que plus intenses. Une séparation de quelques jours ou quelques semaines peut faire un grand bien à la communauté. »

Les hérissons présents à l’assemblée acquiescèrent, puis se dispersèrent. Plus tard, ils se retrouvèrent pour rire de leurs bêtises et leurs querelles sans réels fondement. Le lion qui passait par là, fût déçu de constater que les hérissons s’étaient réconciliés et qu’ils étaient à nouveau heureux de vivre ensemble.

Rugissant de colère et de jalousie, il déclara:

« ils auraient du me consulter. j’aurais réduit les plus récalcitrants au silence d’un seul coup de pattes et de mâchoire, c’est la meilleure solution pour régler les problèmes avec mes frères »

Voilà, elle peut paraître un peu simpliste mais elle a le mérite de fonctionner. Elle réjoint le conseil qui dit qu’il vaut mieux laver son linge sale en famille. Devant un juge, il peut arriver que certains soient plus éloquents que d’autres ou qu’ils aient un meilleur avocat. Le résultat n’est pas toujours conforme aux faits.

Pour ceux qui suivent les faits depuis le bras de fer Gbagbo-Alassane, il est bon de savoir que des domiciles de policiers sont mis à sac ou incendiés. à abidjan ou partout ailleurs dans le pays. Ils ne font pas la une alors que nous lisons régulièrement ce que subissent les autres.

A Grand Bassam, un commissaire a échappé de justesse à une expédition punitive et ce n’est pas un cas isolés. Beaucoup ont péri depuis. Mais ceux là personne n’en parle, comme si c’étaient des chiens perdus. Tout comme en 2004, cette montagne de cadavres déssechés, recouvert par des baches, pendant la tournée des arbitres du monde. Ces morts n’ont jamais été soulignées dans aucun discours, aucun rapport. Nettoyez la gadou qui vous aveugle et faites ce qui est juste.

S’ils sont tous coupables de crimes, n’acclamez pas l’un au profit de l’autre. Ne soyez pas le lion qui baillonne les plus faibles.

Soyez impartiaux et ayez la sagesse de reconnaître de part et d’autres les méfaits qui ont été perpétrés contre le peuple.

La gadou, ce n’est pas du béton, ça se nettoie, si l’on a envie de voir. Sauf si l’on veut faire l’avocat du diable.

Bonne journée!