Egoïste, pas vous?

Je suis égoïste. Et je l’avoue.

Pas vous?

Vous refusez de l’admettre. La vérité, c’est que nous le sommes tous.

Pourquoi donc le nier?

Tiens par exemple, quand je monte dans le bus ou le train, mon rêve inavoué, c’est de me retrouver installée seule, sans personne pour me déranger, sur un siège de deux ou trois places.

Oui, le rêve est permis.

Dans le bus qui me ramenait chez moi, j’ai eu la chance de monter par la porte arrière. Parfois certains conducteurs vous le permettent.

Je monte donc dans le bus. Un homme me suis. Par dessus mon épaule, j’observe ses déplacements, pour deviner la direction qu’il compte prendre. Je trouve une bonne place. Je commence par m’installer : mes trois sacs de magazines sur le siège près de moi. Ainsi, personne ne viendrait partager cet emplacement privatif dans un transport en commun avec moi.

Je ne voudrais surtout pas être dérangée pendant ma « méditation »: il s’agit du dépouillement de mes magasines; je les lis comme une bible, page après page, afin que rien ou presque rien ne m’échappe.

Dans le bus qui me ramenait chez moi, J’ai eu la chance de monter par l’arrière ? Parfois le conducteur nous offre une chance.

Alors personne n’est admis dans les parages.

Le Monsieur qui a eu la même chance que moi de monter par la porte arrière reste planté là à me regarder alors que le bus est vide derrière; il attend. D’accord j’ai compris; je ne suis pas bête. Je déménage donc mes sacs de Marie Claire, Jasmin, Gala, Marie France…, afin de lui faire de la place. Un peu de savoir vivre tout de même!

Il tient dans les mains un DVD intitulé THE QUEEN. Je rumine à la vue du titre.  » The queen,the queen, qui est sa queen? Si c’est un plan drague, il a tout faux. Je ne suis pas réceptive à ce genre d’approche, surtout quand on me dérange pendant ma méditation. Enfin, il ne m’avait rien demandé de toutes façons. Il voulait s’assoeir, c’est tout.

Il n’y pas que dans le bus que je suis égoïste. A la maison aussi. C’est lorsque nous devons rénover la peinture de la chambre. Monsieur veut du papier peint et moi la peinture, plus particulièrement la couleur orange ou rose.

« Rose » a-t-il dit ! Je n’ai pas envie de dormir dans une chambre de « fille »

Moi si!

Ah non !

Si je te dis ! J’en ai assez du papier peint, je veux la peinture. Et dans ces tons là.

Nous voilà au magasin.

Il me traîne dans les rayons de papier peint, il sait que avec moi il faut parfois un peu de diplomatie mais là, rien à faire, la diplomatie ne marche pas. Je l’abandonne au papier peint pour le rayon peinture ; cette fois je ne suis pas une égoïste isolée, nous sommes deux, ma fille et moi. Elle me suit.

« Je sais que tu veux la peinture maman, mais pourquoi tient-il à te montrer le papier peint ? »

« Il espère me faire changer d’avis; il n’y arrivera pas. Je veux mon rose ou orange ».

« Pfff ! Tout le monde la trouvera affreuse ta chambre rose ou orange ».

« Tant pis pour tout le monde : moi j’aime »

Nous sommes rentrés avec du rouge andalous, il n’y avait pas le rose que je voulais et je n’ai pas la patience pour créer ma couleur.

Je ne suis pas égoïste, Je suis comme je suis c’est tout.

Mon égoïsme peut atteindre son paroxysme dans le train. Parfois je donne l’impression que la SNCF et  la  RATP  ont crée leurs lignes et leurs trains rien que pour moi.

Dans le train, je cherche la place où il n’y a personne parce que je veux être assise ni côté couloir ni entre deux passagers, coincée telle une sardine ou un marque page : pas assez d’espace pour mes magazines, mes macarons et moi. J’adoooore les macarons!

Pour les savourer, j’ai besoin de faire le vide autour de moi.

Je ne veux personne ni en face ni à ma droite ni à ma gauche !

Alors je sillonne toutes les voitures en quête de LA PLACE. Je finis toujours par en trouver une ; dans le cas contraire, je reste debout.

Vous croyez que c’est égoïste ?

Pas du tout ! Je suis comme je suis.

En parlant de macarons, je m’offre souvent la boîte de 12 minis. Il me reste très peu de temps sur ma coupure alors je ramène ma boite au bureau, installée à mon macintosh pour finir mon courrier. Une main dans la boite toutes les trois phrases pour avaler un fraise, puis un pistache, et un vanille…

« Oh là lààààààààààààààààààààààààààààààààààà

Vous pouvez imaginez ma frayeur ? Vous êtes plongés dans un monde en train de savourer vos macarons, l’écouteur du dictaphone aux oreilles tout de même et vous entendez ça!

Ce qui se passe c’est que la vieille machine -qui a besoin d’être remplacée depuis belle lurette a la « migraine » depuis un moment, mon responsable vient d’en faire les frais ; mais c’est ma faute, « je ne l’ai pas remise à l’heure et à la bonne date … » Mais si je l’ai fait régulièrement ces derniers temps et que ça ne marche pas, elle continue d’avoir du retard sur l’heure et les dates …

Oui tout ce qui va de travers ne peut être que ma responsabilité.

« Je penserai à tout remettre à jour.. ; je n’ai pas eu envie d’expliquer que notre machine depuis des semaines, voire des mois, ne marche plus comme il faut. Elle ne reconnaît même plus les piles qui la font marcher habituellement (ça il n’y a que moi qui le sais et nous nous comprenons ma machine et moi) seulement il m’a gâché mon plaisir.

Interrompue dans mon rituel dictaphone-macaron-dictaphone, mon plaisir s’était transformé en colère mais je le garde pour moi. La perfection dans mon métier exige de garder le contrôle, même  si on vous empêche de manger tranquillement vos macarons…

L’égoïsme sévit partout et à tout moment ; parfois, on l’afflige aux autres ou alors on le subit mais nous continuons tous de dire que nous ne sommes point égoïstes.

Moi je suis comme je suis.  Si c’est être égoiste…

Et vous, Egoïstes ou pas égoïstes? Allez, avouez!

La solitude, ce mal qui nous tue

Cet été, en basse normandie, le corps d’une dame a été retrouvé une semaine après son décès. Cette triste annonce m’est restée à l’esprit depuis.

A l’approche de noël, je ne peux m’empêcher de penser à ces femmes et ces hommes qui, anomymes, resteront sans personne à qui parler, sans personne pour leur mettre un petit paquet sous le sapin ou dans la hotte.

Comment en sommes nous arrivés là? A souffrir de solitude alors que le monde est si peuplé. Avons nous voulu ou créé notre propre solitude. ou  alors sommes nous devenus prisonniers de notre mode de vie de vingtième siècle?  Un siècle où l’on a peur de l’autre, où l’on protège farouchement sa propriété, son intimité. Tellement que à la fin l’on finit par se retrouver face à face avec son intimité, son égoisme.

Avec tant d’abondance et de gaspillage, pourquoi avons nous si peur de partager, Oui c’est vrai, j’ai déjà été témoin d’une  fête pour la galette des rois ou par peur de ne pas en avoir assez (chacune de nous avait apporté une galette),ma bande d’ amies a décliné ma propositon d’inviter les dames de l’autre service à qui, sans vergogne, nous avions emprunté le  micro onde afin de rechauffer nos galettes.

Il nous en ai restées des galettes. Il y en avait tellement à manger que nous en sommes sorties répues, écoeurées mêmes. Mais il ne fallait pas donner. Pourquoi? 

Pas étonnant qu’on se retrouve seul aujourd’hui comme des chiens perdus sans colliers. Le jour où notre soeur où notre belle soeur est arrivée à l’improviste, pas heureuse de la surprise, nous lui avons demandé si elle restait, pour combien de temps, et si elle comptait manger chez nous., oui, par sa faute il pourrait ne pas y avoir assez de pomme de terre. On compte les parts, on mesure les verres de riz, les légumes….Comme si on emporterait tout ça quand le moment viendra.

La solitude, est le mal du siècle, mais cette solitude là, nous l’avons crée par notre comportement, notre peur de l’autre, notre désir insatiable de solitude et d’intimité, notre cupidité.

Je ne comprends pas cet égoisme dont nous sommes rois. Comprenez mon grand étonnement lorsque j’invite une dizaine de convives, tous membres de la même famille, il y en a toujours une pour demander,

« mais pourquoi il y a autant de monde? »

« C’est toujours ainsi chez vous?  »

Mais elle fait partie de ce monde. Tout le monde devrait être le bienvenu, les gens devraient être heureux de se retrouver Mais au lieu de cela, ils sont inquiets du travail que ça demande, des dépenses qu’ils auront à faire, de la fatigue qui en découlerait. Jamais du bonheur que cela peut leur procurer de rire ensemble, de se taquiner, de ses chaimailler même.

Puis, un jour, les autres commencent par ne plus venir, ne plus prendre de nouvelles, ne plus se retrouver en famille et un beau jour, on leur apprendra qu’un tel a été retrouvé mort , seul chez lui. Et les autres ne seront même pas surpris; ils n’auront même pas l’air chagrinés. j’ai déjà entendu des gens à qui on disait que la cousine Berthe venait de décéder, s’inquieter du nombre de pizza à commander.

Pauvre de nous.

Imaginons une autre façon de vivre et battons nous contre la solitude, l’égoïsme…