Soupe de poissons

AFFAIRE D’ICI LA EST TROP DUR!

Incompréhension ou choc de cultures?

La désignation de « Soupe de poisson » n’a pas le même sens pour tous. Elle a été déjà racontée sur mon autre blog mais je vous la ressers encore.

Le lexique culinaire n’est pas identique selon les contrées; à certains endroits, vous dites « soupe de poisson (ou sauce clair) », on pense morceaux de cabillaux, de colin, de carpe ou de congre se bousculant dans un jus bien épicé.

Ailleurs, disons ici, soupe de poisson revient à chair et carcasse de poissons moulinés, les deux plats ne jouent pas le même rôle; l’un vous cale l’estomac pour la journée, l’autre vous rechauffe un soir d’hiver et vous met l’eau à la bouche.

Mes deux amis, un soir d’hiver après le travail, s’arrêtent devant un restaurant.

« Regarde, ça l’air chic, et ils ont même de la soupe de poisson au menu »

 » Arrêtons nous ici, ça va nous changer du riz à la sauce coeur de palmier… »

Alors ils entrent. Ils sont émerveillés. On s’occupe d’eux, on leur tire la chaise, ils s’installent; le serveur leur apporte le menu puis s’éclipse pour revenir prendre leur commande quelques minutes plus tard.

Pas besoin de lire le menu. C’est tout trouvé.

« On prend soupe de poisson »

« Ce sera tout, messieurs? »

« Oui, soupe de poisson, c’est ce qu’il nous faut »

Ils attendent et se retiennent de trop s’empiffer de pain posé sur la table dans sa jolie petite corbeille.

Le serveur revient avec la première assiette.

« Soupe de poisson pour Monsieur… »

Il repart puis revient très vite avec l’autre assiette.

« Soupe de poisson pour Monsieur..; »

Il repart. Les deux amis attendent, puis remis de leur surprise de ne voir arriver la suite, cherche dans l’assiette, ils penchent un peu l’assiette, fouillent avec leurs cuillères, rien, pas de poisson, aucun morceau égaré, nul part..

« Mais ça c’est pas soupe de poission???? »

D’un signe il appelle le serveur

« Mon frère, on a demandé soupe de poisson »

« Mais c’est votre commande, c’est la soupe de poisson »

« Mais où est poisson là?? on voit pas?? »

« C’est bien la soupe de poisson. »

Les deux amis, déçus, énervés et affamés décident de partir se nourrir ailleurs.

Sur ce le serveur leur tend la note.

Ils regardent et manquent de s’étrangler.

« Eh, affaire là c’est comme ça? Ici là même si on te donne soupe de poissons sans poisson, si tu ne manges pas tu payes quand même. »

« Oui Messieurs, vous avez commandé, vous avez été servis, vous payez »

Nos deux amis, forcés de payer leur soupe sans poissons ont finalement trouvé sage de rentrer chez eux pour manger un plat qu’il connaissent bien et dont ils sont sûr des ingredients.

« Mon cher, rentrons à la maison, là bas au moins, quand tu dis soupe, tu sais que y a viande et poisson dedans, et tu payes pas cher. »

Pour illustrer en partie ce récit, écoutez cette chanson de Magic System
Vidéo de Aimpat sur Youtube

LA GUERRE PAR PROCURATION

AMOULANGA de Magic System

Quel rapport avec la guerre?

Tout d’abord parce que j’aime cette période des Magic System où ils n’étaient pas encore tenus par le Marketing et qu’ils gardaient leur authenticité. Ce n’est pas un reproche loin s’en faut, chacun essaie de prendre sa part du marché et c’est normal.

D’autre part, pendant les deux années de guerre, et pendant que nous recherchions ma mère, mon frère et sa famille, mes nièces, j’avais l’habitude d’écouter cette chanson de Magic System, elle me reconfortait et puis j’avais promis de donner une grande fête s’ils avaient survécus….

Qui parmi vous a vécu la guerre?

Pas vous? Moi non plus mais la vivre par procuration oui et c’est presque pareil! Chacun dit souvent, cela n’arrivera jamais chez nous, nous sommes forts, unis, prospères… et puis un matin de décembre, vous êtes réveillés par la radio, un flash à la place de la musique;  fusillade, rébellion, tueries, mutins, rebelles… Ces mots qui font partie du dictionnaire, sur lesquels vous ne vous attardiez jamais auparavant.

Ce matin de décembre 2002, je me  croyais dans un rêve, puis mon mari me confirme la nouvelle.

« chérie, ils en parlent à la télé aussi, c’est Abidjan, les rebelles essaient de prendre la ville, le commandant Guei a été assassiné… »

Je suis abasourdie, ma soeur, qui dormait dans la chambre à côté, fait un bond de son lit et nous réjoint au salon. Nous sommes plantés là tous les trois devant la télé, en train de fixer l’écran puis c’est le branle bas.

Il faut appeler la famille, un peu dispersée dans tout le pays. J’avais ce stress de gérer les angoisses de mes deux soeurs, les miennes et ma vie ici avec mari et enfants.

L’enfer a commencé ce matin là.

D’abord par ce sentiment de culpabilité même lorsque l’on est innocent: à commencer par ma soeur et moi. Deux semaines avant, nous avions fait enlever une de mes nièces, maltraitée par son père depuis le divorce de ses parents. Pour la mettre à l’abri nous l’avions confiée à une de mes amies dans le nord du pays. Cette amie était la secrétaire particulière du préfet et nous savions tous déjà que plusieurs « corps habillés » avaient été assassinés. Les rebelles s’en prenaient à eux en premier.

Depuis l’annonce de la nouvelle nous essayons donc de les joindre sans succès. C’est silence radio. A l’ouest ils avaient encore une chance, une journée pour fuir la zone. Ma mère est au village, avec mon neveu qui n’avait que 5 ans à l’époque, mon frère et sa femme enceinte de 6 mois.

Nous réussissons à joindre sur son portable mon cousin Arthur; il peut encore passer, il propose d’aller les chercher au village, les ramener dans la ville où ils habitent pour fuir ensemble.

Nous en discutons mes soeurs et moi, puis nous faisons le choix de les laisser s’en sortir seuls. Je ne voulais pas culpabiliser deux fois. S’il arrivait quelque chose à mon cousin pendant qu’il va les récuper, j’en m’en voudrais toute ma vie. J’acceptais malgré moi de laisser mourir ma mère et les autres membres de ma famille pour épargner la vie de mon cousin.

Suite à venir