Le match des cultures: le travail

Avant l’accouchement

Pour ceux qui ne savent pas à quoi rime le match des cultures, laissez moi vous brieffer:

Le match des cultures c’est une de mes rubriques préférées qui opposent avec légèreté les différences ou les similitudes de ma double culture.

Ici on dresse un tableau comparatif du mode de vie dans les pays du nord et du sud.

Bref, nous en étions à la grossesse.

Je vous disais donc que la grossesse pouvait parfois devenir une source de stress et de tension dans certaines familles au sud.

Une femme qui désire accoucher dans le calme et éviter la « bêtise » de certains esprits tordus, a plutôt intérêt à activer le travail. Comme si cela pouvait se commander.

Au nord tout est possible. Quelle ne fût pas ma surprise lorsque j’entendais les gens demander:

« C’est pour quand l’accouchement? »

Ce à quoi, certaines futures mamans répondaient:

« Pour les 16 juin »

Ici, on laisse une alternative au bébé, s’il tarde à venir, on provoque l’accouchement.

Au sud ce n’est pas le cas.

L’accompagnement à l’accouchement se fait en deux étapes.

La première moitié du travail se fait à domicile, sous la responsabilité des plus âgées , aux méthodes traditionnelles.

Nous avons attendu plusieurs bébés dans ma famille et je peux vous dire que le travail est presque l’affaire des aînées.

On en oublie même la future maman. Sa grossesse ne lui appartient plus. Voilà comment ça se passe:

Le sport. le sport idéal pour une femme en travail, c’est la marche. On vous fait marcher, pour aider le bébé à descendre. On vous masse les hanches pour vous soulager du poids du bébé. Chose horrible que je ne souhaite à aucune femme, vous avez droit à un breuvage fait des feuilles de courges mixées. A ce qu’il paraît, c’est radical pour activer la descente du bébé.

Tout un cérémonial. Enfant, je n’aurais râté aucun de ces moments pour rien au monde.

Tout est apparement simple au Nord. Le travail se fait sous monitoring, dans une salle réservée à cet effet.

Tout est mathematique et probabilité. Si le bébé a été conçu à la mi novembre, fait les calculs et on l’attend pour début août. S’il prend son temps, on déclenche la grossesse. La femme en travail est choyée, brumisateur, le futur papa près d’elle, qui fait la respiration du chien (ils ont suivi les cours de préparation à l’accouchement ensemble)

Au Nord la femme à l’option péridurale. Ce qui n’est pas le cas au sud. La seule fois où la médecine intervient, c’est pour les complications. Et c’est la césarienne. L’accouchement se fait sans artifices au sud. Tandis que au nord, c’est médicalisé à 60 pour cent.

Ce que j’aime dans le folklore du sud, c’est que la femme est entourée dans ces moments de douleur et de bonheur.

Elle est prise en main par celles qui ont l’expérience.

Même si toutes les idées ne sont pas bonnes à prendre. L’important c’est de ne pas être seule. Les « mâtronnes » savent quand c’est le moment, elle décident alors de conduire la femme à la maternité. En général le bébé arrive dans les minutes qui suivent.

Le risque c’est parfois d’habiter loin de la maternité, d’avoir un bébé qui en a assez de toute cette « foule » autour de lui, qui n’a plus envie d’attendre, et qui amorçe sa descente dans le taxi.

J’ai connu le cas d’une future maman en train de pousser sur le branquard qui la conduisait à la salle d’accouchement. On l’avait trop fait attendre à la maison.

Eh oui! Au sud, nous n’avons pas la science exacte! Mais l’expérience humaine et la cohésion de la communauté.

Un bébé est avant tout celui de ses parents, mais aussi de la famille, de la communauté. En attendant le retour de bébé à la maison, on s’active. Je ne vous en dis pas plus.

A bientôt pour vous faire découvrir la façon dont on « materne » les jeunes mamans.

Le match des cultures: la grossesse

A mon dernier match des cultures, nous en étions au mariage. Au Nord, j’emploie les termes de Nord et de de sud pour désigner l’Europe et plus particulièrement la France, puisque je suis française, et le Sud pour les pays en voie de développement et particulièrement la Côte d’Ivoire qui est ma patrie mère.

Bref. Après le mariage, souvent c’est la période des vaches maigres là bas. Puisque tout le monde est le bienvenu, puisqu’on ne compte pas et que chacun des deux camps est très généreux en idées mais moins en cadeau. Bon, ce n’est pas grave, l’important c’est que les familles soient réunies et que la fête soit réussie.

Quand vous pensez que c’est enfin terminé et que vous allez pouvoir profiter de votre intimité, la famille est toujours là, omniprésente, c’est L’Oeil de Moscou en fait. Désormais tous attendent la prochaine annonce, la suite logique d’une union heureuse.

Je dois avouer que pour une fois le match est à égalité entre le Nord et le Sud.

Au Nord, vous avez un petit moment de répis. Le voyage de noce est l’entract qui vous permet de vous vider la tête. Un moment d’intimité très apprécier par les jeunes couples. Vous partez en France ou à l’étranger (pour nous c’était la Côte d’Azur). Une semaine de bonheur et de rébondissements. Nous n’avions pas loué et nous nous arrêtions au gré de nos envies, dans les villes qui nous attiraient. Personne pour nous épier pendant ce temps là. Au nord, vous êtes « lâchés » une fois le mariage terminé. L’espionnage est plus subtile. De petites phrases innocentes glissées dans une conversation lors des diners de famille. On parle bébé à toutes les occasions. Et si lallusion n’est pas saisie, on devient direct, du genre

« Vous compter avoir des enfants? », « combien? »

Ma chance est que mon homme étaient un John Lennon personnifié. Cool. y a pas le feu. « ça viendra quand ça viendra »

Dans toute cette affaire, il n’y avait que moi qui m’agitais sans en donner l’impression. Sans doute ma moitié de culture, la vraie, la source, l’autre étant bien assimilée mais importée.

Au sud, cette partie du match peut souvent s’avérer très rude. Le Bébé. Disons les enfants car souvent, le désir de famille nombreuse est très important. Une grossesse est l’événément qui vient solder un mariage heureux. Mais alors au Sud, il faut faire vite. On peut dire que c’est même parmi les choses pour lesquelles le retard est moins toléré.

Votre belle mère, vos belles soeurs, commencent par s’enquérir de votre état. On devient psychologue, médecin, tout ce que vous pouvez imaginer. Vos nausées, dûes à des problèmes ordinaires d’estomac passent pour des nausées de femmes enceintes. Vos migraines sont interprétées par les matronnes de la famille.

En gros, vous êtes dans l’orbite de « l’Oeil de Moscou ». Et je vous conseille de ne pas trop tarder à mettre en route le petit Souagnon. Souagnon c’est un nom choisi au hasard. Un bébé est souvent la clé d’un mariage durable. Gare à vous si la nature n’est pas en votre faveur. Belle famille s’empressera de trouver une remplaçante plus apte à assurer une descendance à leur fils.

Un mariage au sud, c’est l’affaire de tous. Parfois même les familles poussent le vice jusqu’à refaire l’arbre généalogique. En Exemple ma demie soeur a failli ne pas se faire épouser parce qu’elle était fille unique. Mauvais présage. Si elle est fille unique de sa mère, elle pourrait ne donner qu’un seul enfant à son mari ou ne pas en avoir du tout!!!

Heureusement ils ont été plus forts que la famille. Aujourd’hui ils sont heureux parents de quatres fils.

Au nord la belle famille peut s’imiscer dans votre vie avec subtilité sans trop réussir à briser votre ménage. Mon belle oncle, qui n’aimait pas les noirs, est parti sans plus jamais adresser la parole à son neveu, mon homme. L’ignorance n’épargne personne. Comme je dis, c’est lui qui a souffert, pas moi, et il est parti avec sa souffrance et sa bêtise. Car l’amour a été plus fort dans ce match.

Dans les deux cas, lorsque l’annonce du futur bébé est confirmée, c’est la joie pour tous. Le match est nul. Pour le reste, il faut laisser la grossesse se développer dans le calme. Le match des petites anecdotes est à venir car, un bébé à venir représente beaucoup dans les deux cultures.

A suivre.