De quoi vous mêlez vous?

Trop d’agressivité nuit à l’individu

 

Je vous livre ce soir une histoire drôle liée à l’agressivité et à ses conséquences parfois désastreuses.

Il s’agit d’un villageois, très agressif, ne tardant pas à bondir au quart de tour, souvent fâché avec tout le monde. Un libanais arrive au village, il souhaite exploiter le bois de la forêt. Or les villageois se sont mis d’accord pour ne plus vendre aux gens qui viennent de l’extérieur, détruire leur forêt.

Tout le monde était d’accord, jusqu’à l’arrivée du Libanais. Yao, je l’appelle ainsi mon villageois, voit le libanais à huis clos et lui concède ses terres. A l’annonce de la nouvelle, les villages le convoquent chez le chef, tous les sages sont là avec leur connaissance ainsi que quelques jeunes universitaires.

Les sages parlent en premier:

« Mon frère Yao, nous avions décidé de ne plus vendre nos terres, pourquoi as tu fait ça. Certains étrangers arrivent chez toi, ils sont nourris et logés, tes femmes se plient en quatre pour leur faire plaisir et avant de partir, ils te disent:

« mon ami, merci pour ton hospitalité, je n’oublierai jamais mais une dernière chose, ta femme est tellement belle, je veux l’emmener avec moi »

Le sage termine et notre Yao, très énervé se lève d’un bond et pointant le doigt vers le sage, s’écrit:

« tu vé dire quoi même, c’est quelle histoire d’étranger qui veut prendre ma femme » Est ce que étranger là a dit que il veut prendre ma femme? ».

« Non, pas encore, c’est une façon de parler. »

« Bon alors ta façon là je n’aime pas. Si c’est ça là que tu as vu alors c’est bon! »

N’oublions pas que Yao est analphabète, donc il parle un français phonétique, raison pour laquelle je propose à ceux qui le souhaitent une traduction)

Un jeune homme demande à prendre la parole

« Vieux, nos fôrets sont la seule richesse qui nous reste. Donc il faut comprendre les autres quand ils disent de ne plus vendre… Mais puisque le mal est fait, il faut essayer de tirer partie de la situation: demander en contre partie au libanais de reconstruire le pont du village. »

« ah bon tu as fini de parler, c’est quelle affaire de contre partie et tirer partie. On va tirer sur qui ici. Depuis là vous tous vous parlé oh oh oh comme ça là, c’est quoi même?  Donc ton français là c’est sur moi tu vas t’entrainer? Si tu connais papier c’est pour toi, c’est pas pour moi. D’ailleurs même est ce que papier on manz? Je dis oh, c’est moi même mon bous qui as dit ké libanais n’a qu’à acheter non? Ahh on pé pli ici. Si zé di ké c’est bon, c’est bon. Pourquoi vous mété vote bous dans mon zafè?

« Bon si tu le prends ainsi… »

« Oui je prends comme ça. aujourd’hui et demain je prends comme ça, alors? »

« Bon nous n’avons plus qu’à nous retirer. »

 Les gens ramassent leurs tabourets et rentrent chez eux.

Quelques semaines plus tard, les pluies diluviennes s’abattent sur le village, le fleuve ménace de l’engloutir, il faut partir, comme tout le monde, notre ami prend quelques souvenirs à emporter. Sur la rive, les premiers habitants se jettent à l’eau, ils nagent, nagent de toute leur force pour atteindre l’autre rive. Yao est perdu dana son monologue

« hum comment je vais fai. ze si obligé ho..; Dié est grand. » et il fait comme tout le monde il se jette à l’eau à son tour, mais il ne sait pas nager comme moi? A peine deux mètres plus loin, il commence à boire la tasse.

‘Au secours, au secours, aidez moi! »

 Sur l’autre rive, les autres le voient se débattre, lutter, battre l’air… et quand il peut, on l’entend lancer des accusations et maudire: 

« Vous è méssants, vous è pas zenti. vous n’en qu’à me aidé. »

et eux de répondre:

« c’est nous mêmes nos oreilles et nos yeux non? Si on n’a pas entendu, si on n’a rien vu, est ce que c’est crédit. C’est ça on dit que c’est quand  y a chaleur là qu’on voit si margouillat sait porter pantalon!! Tu n’as pas dit que tu peux, que ta bouche là çest long jusqu’à on peut pas couper? »

« Pardon mes frères, nous sommes frères non? vous n’a qu’à avoir pitié vous n’a qu’à sauvé moi.. »

Comme je suis gentille, je vais donner une fin heureuse à l’histoire. La solidarité a repris le dessus, un villageois a plongé pour répécher Yao. Et depuis ce jour, il est devenu la risée du village.

« Tu n’a pas dis que tu peux? »

L’agressivité ne rend service à personne , on ne sait jamais quand l’on peut avoir besoin des autres; attention donc à ne pas se mettre tout le monde à dos comme Yao

 

Parole d’enfant: je n’ai rien à dire c’est simple!

Mes lecteurs du débuts ont déjà entendu quelques anecdotes avec mes triplés.

Je maintiens la rubrique « mes triplés et moi » pour vous faire partager un volet de ma vie depuis leur naissance.

Il y a un adage qui dit que le silence est d’or. Il faut savoir parler avec parsimonie si l’on veut donner du poids à nos mots. En afrique d’où je viens, l’art de la parole est même considéré comme un bon avocat pour celui qui en a la maîtrise.

Bref, pour en venir aux faits, revenons 9 ans en arrière. Ma fille Coralie, alors âgée de 4 ans devient soudain silencieuse, elle qui d’habitude était un torrent de questions, très vive, « le futur petit genie » en quelque sorte.

La panique me gagne aussitôt, j’ignore si je suis la seule maman à m’affoler pour tout. Mais je l’interroge, je m’évertue à faire des grimaces et à  jouer au clown pour la faire rire ou la faire réagir.

Rien, silence total. Elle ne désserre pas les dents, muette comme une tombe.

Je décide de prendre rendez vous chez le pédiatre.

« Alors, dites moi ce qui vous amène Madame »

« Ma fille ne parle plus »

« Depuis quand est -t-elle ainsi? »

« Depuis de semaines. »

Bon, et prenant ma fille à part de la façon la plus douce possible…

« Tu vas bien? »

« Que se passe-t-il? Tu es fâchée avec ton frère ou ta soeur, avec maman.? »

Ce à quoi Coralie donne pour seule réponse: « oui, non, oui, non non non »

« Elle n’a rien Madame, laissez lui le temps, elle parlait déjà il n’y a aucune raison que cela change. »

Pas convaincue, je ramène ma fille à la maison. je continue de la harceler pour la faire parler. Rien n’y fait? Jusqu’à un samedi soir à table. Elle recommence à participer à la conversation. Elle rit, elle pose de questions à son père et moi étonnée je fais

« Mais tu parles! Pourquoi avais-tu arrêté de parler? tu as fait peur à maman… »

Ce à quoi ma fille me répond de façon très sage et posément.

« C’est simple, je n’avais rien à dire »

Mince, j’avais l’air bête avec mes questions de mère trop stressée.

Avez vous déjà été confronté(es) à des situations analogues avec vos bouts de choux?